Manaslu Mountain Trail Race
Manaslu Mountain Trail Race est une
course par étapes (7 au total) autour du Mont Manaslu, le 8eme sommet le plus
haut du monde (8163m) situe au Népal qui a eu lieu du 10 au 23 Novembre. Au
programme 212km, 12000m d'ascension et 12000m de descente. La course démarre à 600m
d'altitude et s'élève progressivement jusqu'à 5100m, tout en traversant des paysages aussi fabuleux que
variés
. Les 43
coureurs présents représentent
un grand melting pot à base de Népalais, Anglais,
Irlandais, Suisse, Canadiens, Brésilien, Australiens, Américains, Ecossais,
Malais, Indien... et un Français. Beaucoup sont des coureurs très expérimentés.
Lizzy Hawker (et ses 5 victoires à
l'UTMB) fait aussi partie de l'aventure. Du haut de mes 24 ans, je me retrouve donc désigné baby de la
course.
Voici le déroulement de cette
course ou plutôt voyage initiatique tel qu'il était écrit tous les soirs après
les étapes.
 |
| Kathmandu |
Day 1: Découverte de Kathmandu
Kathmandu est une ville proche de Dhaka (ou j’ai travaillé 7
mois en 2011) en terme de pauvreté et de non-développement : routes défoncées,
constructions archaïques, poussière omniprésente. Par contre, il y a beaucoup
de touristes, les Népalais sont habitués à notre présence. Thamel est un
chouette marché bordélique ou il est sympa de se perdre. Je partage ma chambre avec Andrew, un
physiothérapeute Australien.
 |
| On the way to Arughat |
Day 2 : Briefing d’avant course
Richard, le directeur de course, semble un peu a l’arrache mais la course
ne semble pas
risquée. Il compte beaucoup sur le fait que l’on soit responsable,
j’aime ce genre de discours. Tout le monde semble très stressé : 2 courses
s’annoncent ceux qui vont courir (j’espère en faire partie le plus longtemps
possible) et ceux qui vont marcher. Les 2 premiers jours s’annoncent assez
dangereux car plutôt faciles. Il ne faudra pas faire le beau.
Day 3 : Voyage de Kathmandu vers Arughat Bazaar.
Nous sommes partis en vieux bus Tata pour un long périple
jusqu’à Gorka où l’on a visité un palais vraiment chouette coincé sur une
montagne. Apres le vrai périple a commencé, environ 30km de chemin en bord de
falaise. J’étais du côté falaise,
c’était vraiment flippant. Malgré les pleurs de Jade, une anglaise, un porteur Népalais
s’endort sur mon épaule (ca doit être confortable) jusqu’à ce que ses collègues
le virent derrière.
Day
4 : 1ère étape Arughat-Machakhola.
L’excitation est là, après avoir fait et refait mon sac
plein de fois. Nous nous dirigeons vers un temple accompagné de musique Népalaise
où a lieu le fameux tika (cérémonie pour nous souhaiter bonne chance et nous
offrir une écharpe blanche). Le départ est donné à 9h. Tout d’abord les 7/8
premiers kms sont roulants. Je me retrouve avec Jarmo, un Finlandais, assez
fou, qui court, en partie, pour prouver qu’un obèse peut finir ce type d’évènement
(article dans le NY Times ici). Puis après m’être échappé à la suite d’une
grosse descente, je retrouve Marcus, un médecin Suisse. Le chemin est un
enchainement de montées/descentes assez rude : le plat Népalais. A la
faveur d’un arrêt crème solaire, Marcus part (je ne le reverrai plus de la journée)
et le chemin devient très dur (escarpé, en bord de falaise, rocailleux et risqué
avec les convois de yaks/mules). Heureusement, je rejoins un ‘groupe’ contenant
Ben, le docteur ; Marcelo, un Brésilien vivant en Nouvelle Zélande (je
pense que si je finis cette course, il aura une part de responsabilité) et
Andrew, mon coloc. Les paysages et le chemin sont fabuleux, dantesques en bord
de falaise avec la rivière 150m plus bas. Apres quasiment 4h, 25/28km selon les
GPS et un dénivelé de 300m positif et 200m négatif (mais c’est impossible à réellement
évaluer), j’arrive enfin. J’ai déjà des douleurs au genou gauche (elles étaient
attendues malheureusement). Pour bien finir la journée, rien de mieux qu’une
douche dans une rivière gelée (merci Brousse, j’ai été bien élevé), des étirements,
massages persos et Marcelo qui doit me strapper pour éviter d’avoir les tendons
qui couinent. Demain est un autre jour qui s’annoncent dur mais fabuleux. Pour
l’anecdote, je suis 9ème en 3h57min. Update du soir : La soirée
se déroule gentiment avec de la musique Népalaise (actuellement, il y a une
sorte de festival) et des discussions bien sympas avec Denis, un Irlandais qui
travaille pour l’UN a Kathmandu et Jag, un Malais d’origine indienne. Une bonne
nuit de sommeil s’annonce.

Day 5: 2eme
étape Machakhola- Deng.
Mon genou continue à couiner ce qui est mauvais signe avant
d’attaquer 42km, 1400m+ et 400m- (bien plus vu les caractéristiques du plat Népalais).
La journée débute bien, j’arrive à garder un bon rythme. Puis après environ
8km, le chemin qui s’est transformé en monotrace commence à vraiment s’élever.
Tout comme les descentes, c’est majoritairement des marches dont la hauteur
varie énormément. C’est à ce moment-là que commence le premier blackout. Je
n’ai plus de jus, les crampes commencent plutôt violemment. Apres de longues minutes très dures, plusieurs
gars me rattrapent (Ben, Andrew et Marc, un Américain), j’arrive à les suivre
jusqu’au ravito. Un arrêt assez long me rend ma solitude mais rapidement
j’arrive à les récupérer. Mais le second blackout arrive, je pense avoir un caillou
dans ma chaussure c’est en fait des ampoules qui démarrent couplées à un orteil
qui frotte un autre ce qui ensanglante mon pied. Cela dure, dure. Apres un long
arrêt, seul dans un village, je rejoins un autre village où je rencontre un
groupe de trekkeurs Français. 5min de discussions et encouragement me redonne
du peps pour courir et rattraper mes collègues du matin. Mais la douleur et le
besoin de remplir ma poche à eau font que je m’arrête pour un petit repas et décide
de finir l’étape en marchant. Finalement, j’arrive sans jus en 14ème
position après 7h07min d’efforts intenses (autant physiques que mentales, les
larmes étaient régulièrement proche de couler certainement à cause de la
douleur et la joie d’être ici).
Aujourd’hui, c’était très dur mais faisable. La difficulté résidait dans
la longueur. Demain, c’est plus court (18km) mais nous sommes censés passer un
col a 3500m.
 |
| Un des multiples ponts suspendus |
Day 6 : Stage 3 Deng-Serang Gompa : la souffrance
ultime
La nuit a été très courte, mon sac est arrivé a
00h30 et il n’y avait pas assez de couverture. Le début est désormais habituel
(plat Népalais) Apres avoir traversé un pont, nous avons droit à la première
grosse montée jusqu’au ravito. Puis la grosse tuile de ma course, dans une
descente, mon genoux droit est parti à l’opposé (premier diagnostic du doc à le
fin de l’étape : le genou s’est disloqué et s’est tout de suite remis en
place, j’espère que c’est exagéré). La douleur a été instantanée. Du coup, j’ai
continue très lentement en claudiquant jusqu’à la Difficulté du jour passé de
1800m a 3500m en 3/4km. Le calvaire a été à la hauteur des paysages fabuleux
qui s’offrent à nous. Ma jambe droite ne répond plus et manque de me faire
perdre l’équilibre (et accessoirement tomber dans le vide). Je finis par
arriver après de nombreux arrêts et surtout après avoir énormément rampé
(probablement 30% de l’ascension) Un Sherpa me dit que l’arrivée est à 40 min.
Mon désespoir me pousse à l’écouter (mauvaise idée, il me faudra plus de
2h30min pour rejoindre l’arrivée). Apres le col, nous continuons à monter en traversant des
ravins ce qui engendre aussi de nombreuses descentes jusqu’à 3500m puis nous
redescendons jusqu’à 2800m pour
traverser un fabuleux pont au-dessus d’un torrent que l’on aperçoit à peine.
1km plus loin et 300m plus haut, une scène fabuleuse se dévoile : au fond
d’un grand champ, un monastère. J’essaye de retenir les larmes de
douleurs/joie/soulagement. Je m’allonge comme agonisant, les jeunes moines sont
intrigués. La soirée est très froide. J’ai très peur de ne pas finir la course.
17eme ou 18eme après 5h37min (pour seulement 20km!!!!)

 |
| Serang Gompa | |
|
Day 7 : Etape 4 Serang Gompa-Namrung
Ce matin, c’est assez déprimant, 3 coureurs quittent la
course et un hélicoptère vient les chercher. La seule chose qui me rentre dans la tête est : “No way, I’m not
going to do my first trip in helico during this race.” Du coup,
j’abandonne toutes idées de faire un bon classement et aussi de courir, je me
contenterai de marcher. Bien m’en a pris. Je suis parti calmement, les
meilleurs s’éloignent et la douleur réapparait. Très fastidieusement, je passe
les gens un à un pour arriver a la fin d’une énorme montée et passer un col à
3700m. C’est un moment magique : une vue sublime et un grand moment de partage/encouragement
entre les coureurs. Nous nous retrouvons à 7/8 personnes à admirer les
paysages. Mes collègues m’abandonnent dans une descente très dure (j’aurai adoré
la faire comme un fou). En continuant d’un pas régulier, je reviens sur Andrew
avec qui je vais finir la descente qui nous ramène dans la vallée et le circuit
principal. Nous ne faisons que marcher. Mon genou crie à l’aide. Au dernier
pont, Delena et Louise, nous rattrape et Aki, un Japonais, souffre devant nous.
Dans la dernière montée (300m en 3km), j’accélère le pas (par pur
orgueil ??) et finis par arriver après 5h d’efforts pour 22km. Les gens
sont surpris de me voir arriver aussi tôt. Apparemment, il y a pas mal d’inquiétudes
me concernant. Je ne dis rien et m’en tiens à mon ‘No way’. Un ‘bonne douche’
au robinet du village, complètement gelé avec séchage au soleil me fait le plus
grand bien. Des Français attirés par tous ces coureurs demandent s’il y a un
Français et viennent me parler ce sont toujours les mêmes discussions (vous êtes
fous ? + quelques encouragements) mais cela fait le plus grand bien.
Demain est un autre dur mais fabuleux jour pendant lequel joie et douleur vont
s’entremêler. Un jour à déjouer les attentes (j’aime ce genre de challenge).
Par exemple, ce matin, Jarmo est venu me voir en me disant qu’il croyait que j’étais
monté dans l’hélico… Andrew qui est physio m’a montré quelques points de
massages et laissé une balle pour que je puisse me masser et atténuer la
douleur. Cela va peut-être me permettre de finir.

Day 8 : Namrung-Punngyen Gompa-Sama
 |
| Lho |
Aujourd’hui c’est le début de 2 courses : une normale
qui permet aux retardataires de continuer sans risques et une full que je ne
peux m’empêcher de faire (quelques soient les conséquences). Nous élançons sur
le chemin principal. J’essaie de courir mais après 200m, mon genou crie déjà.
Je laisse donc partir mes collègues. Le parcours est toujours aussi somptueux.
Le Manaslu est désormais omniprésent au-dessus de nos têtes. Rapidement, je
croise un groupe de Français rencontré 2 jours plus tôt. La route malgré de
nombreuses descentes s’élèvent continuellement (départ de 2600m). A Lho, je
rencontre un autre groupe de Français avec qui je discute brièvement :
toujours cette fibre patriotique « ah, vous êtes le Français, aller
la France » qui pour être sincère est vraiment sympa. J’en profite pour
creuser un écart définitif avec de nombreux coureurs. Seule Chimi joue avec
moi, elle passe en descente, je passe en montée. Les montées sont très rudes
avec notamment un passage de 2700m à 3500m. Nous arrivons à Shyah, un village
sublime perché à 3500m et dominé par le Manaslu. Juste après un pont (assez
dangereux, aujourd’hui beaucoup de parties étaient gelées) nous quittons le
chemin principal pour monter vers un monastère à 4000m. La montée est extrême.
Chimi qui était devant moi disparait, j’apprendrais plus tard qu’elle s’est
perdue et est redescendue. Un plateau se dévoile dominé par le Manaslu. Je
croise Upendra, Lizzy, Chery, Holly, Marcus et Lee (la top team). Ils sont
tellement impressionnants. Je finis apercevoir le monastère encastré dans la
montagne. Je ne sais pas trop pourquoi mais je pleure. En arrivant au monastère, je retrouve un
autre groupe de Français. Apres quelques photos, biscuits et encouragements, je repars (même
chemin pour retrouver le trail principal). Je croise beaucoup de monde, tous
sont surpris de me retrouver si loin devant. Je finis par arriver à Sama (notre
camp pour ce soir a 3500m). Aujourd’hui a été douloureux mais je suis déterminé
à bien finir la course. Ma tactique est besogneuse, fastidieuse et pas
romantique pour un sous (pas de course en descente ou plat) mais elle devrait
me permettre de passer la ligne d’arrivée sans danger.
Aujourd’hui, 32km, 1500m+, 500m- (toujours très
approximatif) en 5h36min, 7ème.
 |
| Punngyen Gompa |
Day 9 : Sama-Manaslu Base Camp-Samdo.

L’étape du jour ne comporte qu’une difficulté mais plutôt
belle: passer de 3500m à 4400m (juste en dessous du camp de base du Manaslu).
Je me mets en mode marche accélérée ce qui me permet de rapidement distancer du
monde et surtout d’attraper mon lièvre, Marcus (jusqu’à présent, je n’ai jamais
réussi à le suivre toute une étape). Ensemble avec Chimi, nous montons à un
rythme très régulier (juste le temps de faire quelques photos, apparemment nous
montons à 100m/10min). Chimi finit par nous abandonner. Un magnifique lac se dévoile
et une petite avalanche se déclenche sur le glacier (sérac). Le chemin est
vraiment raide, et il faut faire attention sur les parties glacées. A 4400m, la
vue sur la vallée est grandiose (mais moins mystique qu’hier). Apres quelques
photos, nous nous élançons pour la descente. Tout le monde nous félicite/encourage
et nous faisons de même. C’est très motivant. A la fin de la descente, je
prends le relais pour donner le rythme. Nous devons continuer à accentuer notre
avance car Marcus veut conforter sa 2ème place au classement homme
(5ème au général). La marche est longue et Marcus décroche un peu en
fin d’étape. Cette journée a été très bonne pour moi. Je finis 6ème
en 3h18min pour 20km. Peut-être que je vais réussir à combler l’énorme retard
de la 3ème étape. Le genou grince un peu moins ce qui est de bonne
augure pour tout donner lors de la dernière étape. Cependant, la journée ne se
finit pas bien. Andrew, le physio qui m’a montré quelques points sur la jambe à
masser pour éviter les douleurs au genou (sans ca, j’aurai probablement
abandonné) est évacué par hélico. Cela fait 3 jours qu’il est fatigué et il
vient de choper un virus qui l’achève complètement. L’équipe d’Australiens et
Lisa Tamati (j’ai vraiment du mal avec cette nana arrogante qui se la joue
starlette) filme tout. J’ai envie de remercier Andrew mais je ne veux pas
participer à cette mise en scène dramatique (minable). On finit par parler un
peu (j’espère qu’ils n’ont pas filmé). La journée se finit à boire du thé dans
un petit monastère offert par des moines car les organisateurs ont fait un don
de lampe (LED avec un petit panneau solaire pour charger la batterie).
Aujourd’hui, j’ai aussi beaucoup parlé avec Lizzy, une personne vraiment impressionnante
tant par ses capacités physiques (elle coure tellement bien) que par son
intelligence et sa modestie. Au moment où j’écris ce pseudo journal, je me
trouve dans la cuisine du lodge avec les porteurs et le fils de la proprio qui
semble très intrigué par mon écriture et par la balle que j’utilise pour me masser.
Demain est le jour de ‘repos’, nous (seulement 10/12 personnes/volontaires)
allons monter vers la frontière Tibétaine (5000m, mon premier) et redescendre
vers Dharamsala pour retrouver tout le groupe.
 |
| With Marcus on the way to Base Camp |
Day 10 : Samdo-Frontiere Tibetaine-Dharamsale : jour
de ‘repos’.
Aujourd’hui, départ à 7h en direction de la frontière Népalo-Tibétaine
avec 20km et un passage 3800m à 5000m. Seules une parties des coureurs
participent. Les autres sont soient trop fatigués soit trop concentrés sur l’étape
suivante et la défense d’une place au classement. La balade se passe
tranquillement avant une traversée de rivière qui nous met face au mur final. Même
en le prenant très cool, c’est dur. La fin de la montée nous offre un spectacle
fabuleux : les montagnes Népalaises d’un côté et de l’autre côté du col,
les montagnes Tibétaines. Le picnic caché derrière les rochers à cause du vent
fort et glacial est magique. Nous redescendons par le même chemin et les problèmes
commencent. Pour la première fois de la course, j’ai très mal au ventre (je
suis malade depuis le début, mais rien de bien méchant) sauf qu’il reste 5km
pour récupérer le chemin principal et un peu moins de 15km pour rejoindre
Dharamsala. Je me retrouve rapidement seul (les autres vont trop vite, je ne
peux pas suivre). Pour couronner le tout, je finis par récupérer Aki complètement
cuit et je dois faire le papa (il n’a visiblement pas assez mangé aujourd’hui).
Heureusement, nous sommes rejoints par Richard, l’organisateur anglais, Lizzy
et Jim, un ingénieur canadien (gros baroudeur) qui va me motiver pour pousser
un peu plus vers Dharamsala. Apres un très long moment sur le chemin (je m’arrêtais
quasiment tous les 200m). Nous finissons par arriver à destination. A 4400m, il
fait très froid (- je ne sais pas combien) et nous allons faire notre seule
nuit en tente pour un levé à 4h du mat. Je ne me sens pas bien du tout.
 |
| Upendra at Tibetain Border |
Day 11 : Dharamsala-Bimtang-Tilije
Aujourd’hui, c’est la dernière étape et probablement l’une
des plus difficiles : nous montons le Larkya Pass (5100m) puis
redescendons à 3500m (16km). L’étape chronométrée commence à Bimtang pour 20km
de descentes (et montées) : -1200m de dénivelé. A 5h du mat nous partons
guidés par nos frontales. Je pars avec Jag, le doyen Malaisien qui est dans le
dur depuis 2/3 jours dans le but de le faire monter le plus près possible du
Pass. Tous les 10m, je dois me retourner et l’encourager. Au bout de 2h de montée
(voyant le temps défilé trop rapidement au vu du nombre de km), je pars et
finis par rattraper Lizzy et Upendra qui sont les seuls à monter tranquillement.
J’ai dépassé une grosse partie des coureurs et aussi des trekkers Français
(pour lesquels j’ai fait le porteur d’eau, ma gentille connerie du jour). Nous
finissons par arriver au Pass. Un paysage apocalyptique se dévoile sous nos
yeux. En fait, la montée à 5000m était plutôt rapide mais il y avait environ
4km de montées/descentes dans un environnement rocailleux. Nous mangeons un
morceau et profitons du silence. Steve, un Australien complètement malade,
arrive à cheval mené par une Sherpa qui essaie de lui expliquer que la descente
est trop pentue pour le cheval. Complètement déboussolé par ce cadeau empoisonné,
il reste un long moment allongé. Voyant le temps s’échapper, je décide d’arrêter
de contempler le paysage pour descendre seul vers le ‘départ’ de l’étape. Cette
descente est très dure, même en marchant vite, je tombe de nombreuses fois
(sans conséquences). La soif commence à
se faire sentir car je n’ai plus d’eau depuis un moment (trop bon, trop con) et
aucune rivière n’est en vue. Vers la fin de la descente, nous commençons à suivre une rivière, vient
alors le temps de ravitailler, manger et se laver. En début d’après-midi, je
prends enfin le départ de l’étape décidé à bien courir pour ne pas perdre trop
de temps sur les autres coureurs. Cependant, après quelques kms bien ficelés,
j’accumule les erreurs manquant plusieurs fois de continuer mon entreprise de
destruction massive de genoux. Du coup, je commence à marcher à travers une forêt
longeant la rivière, paysages complétement différents du début de journée. Nous
avons déjà perdue plus de 2000m d’altitude. Les derniers km sont très forts:
mes pieds me demandent d’arrêter de les martyriser, les larmes coulent à flot
(des centaines de choses me passent par la tête). Je passe enfin la ligne d’arrivée
en tentant d’esquisser un sourire puis m’assoit complétement vide. A la
question ‘How are you?’ que me pose Ross, un coureur qui a beaucoup pris soin
de moi, je n’arrive à répondre que ‘Tired but happy’. Je passé la soirée dans
un lodge avec nos superbes coureurs Népalais (à boire quelques bières avec
Upendra). Marcelo et Apitra nous rejoignent un peu plus tard. Ils ont fini l’étape
à la frontale. Dernière étape: 4h, je n’ai aucune idée du classement.
 |
| Larkya Pass |
2 jours plus tard, nous sommes enfin arrivés à Kathmandu.
Les adieux sont chaleureux et difficiles pour moi. Sans l’aide de certains qui
m’ont littéralement pris sous leurs ailes, je n’aurais pas pu dépasser autant
mes limites et finir la course. Ma seule déception est de ne pas pouvoir saluer
Andrew car, certainement trop frustré de ne pas avoir réalisé un de ses rêves,
il a quitté Kathmandu un jour après son évacuation.
Avec du recul (cela fait maintenant 2 mois que la course est
finie), Manaslu Mountain Trail Race est une expérience fabuleuse qui mérite d’être
vécue au moins une fois dans une vie. L’organisation était remarquable. Les
organisateurs devaient en permanence s’adapter aux différents évènements de
courses et autres (vu l’étendue du spectre de coureurs, c’était une immense
tache). Tout cela se passait en douceur. Richard et Dhir ainsi qu’une partie
des jeunes de l’équipe parlent français (pour les francophones qui auraient des
doutes concernant l’immersion dans un univers Anglophone). Depuis, ils étaient
d’une gentillesse absolue.
Cette course me confirme que je veux (et vais) continuer à ‘expérimenter’,
‘sonder’ les paysages du monde autant que moi-même. Probablement, Bornéo et le
Cambodge pour 2013 et le désert de Gobi ou l’Atacama en 2014. Un retour autour
du Manaslu est aussi inévitable, l’envie de partager et revoir des paysages
tels que Serang Gompa, le monastère où nous avons passé une nuit ou Punngyen
Gompa, le monastère perché sur la montagne et domine par le Manaslu est trop
forte.
Pour cette course, j’ai essayé d’adapter l’entrainement en
faisant avec les moyens du bord. Soit tous les weekends entre 20km et 40km dans
la chaleur du parc Lumpini à Bangkok et 3 ou 4 séances de marches rapides (7km.h-1)
avec des pentes à forts pourcentages (jusqu’à 22%) pour apprendre à grimper sur
un tapis dans une salle de fitness… Evidemment l’absence d’entrainement sur des
terrains un peu moins lisses s’est faite sentir (et cela est certainement la
cause de mes blessures et chutes) par contre l’entrainement sur tapis de course
a été relativement efficace.
Entre temps, les résultats sont aussi tombés. J’ai fini à une
inattendue 9ème place en 34h49min (sur 18 finisseurs de la full).